Panoplie

Aurillac (FR) - Mentionné

DONNÉES DE L’ÉQUIPE

Représentant d’équipe : Maxime Lefranc (FR) – architecte
Associés: Bertrand Robuchon (FR), Vivien Gimenez (FR) – architectes

ACLAA, 6 passage Charles Dallery, 75011 Paris (FR)
+33 172380613 – agence@aclaa.fr – www.aclaa.fr

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V. Gimenez, B. Robuchon et M. Lefranc

 

INTERVIEW
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1. Comment s'est constituée votre équipe à l'occasion du concours ?

Nous nous connaissons depuis longtemps. Bertrand Robuchon et Vivien Gimenez ont suivi ensemble une formation universitaire à l'Ecole d'art appliqué Boulle, à Paris, puis à l'Ecole d'architecture de la Ville et des Territoires de Marne-La-Vallée. Maxime Lefranc et Bertrand Robuchon ont travaillé dans la même agence d’architecture durant plusieurs années. Amis proches dans la vie de tous les jours, l'équipe s'est naturellement associée sur ce projet avec une synergie et une philosophie commune. Celle-ci est construite autour de l’idée de développer pour ce projet une approche circonstanciée, nourrie par l’analyse des conditions du lieu, de l’héritage bâti conservé, de l’identité géographique ainsi que du patrimoine immatériel en présence : pratiques, savoirs-faire, manières d’habiter, logiques économiques.  

2. Quelle est la problématique principale du projet et comment avez-vous répondu à la question centrale de la session : la place des activités productives au sein de la ville ?

La ville productive est dans notre cas à considérer au sens large ; productive de richesse, d’emploi, d’habitat, de culture, d’échanges, de sens… et progressivement en perte de vitesse... En effet, à Aurillac ; comme dans beaucoup de villes françaises moyennes, la problématique principale réside autour de la désertification du centre-ville (des commerces, des services, des entreprises mais aussi des logements).

L’enjeu premier est selon nous d’arriver à définir des leviers d’action pour rendre ce centre plus attractif et revitaliser son activité. En deuxième point et directement lié à cette problématique d’exode péri-urbain s’ajoute la question de la place à donner aux voitures dans ce centre-ville afin de lui garantir à la fois une desserte de qualité tout en évitant d’avoir des espaces publics remplis de stationnements aériens qui nuisent à son attractivité.

Concernant la place des activités productives, nous proposons d’installer divers ateliers sur la friche Engie, mais selon de nouvelles formes plus ouvertes, orientées vers la pédagogie et le partage, la transmission et la formation des savoirs. Nous souhaitons que ces espaces deviennent des leviers d’actions et d’attractivité qui permettrait d’attirer de nouveaux emplois et entreprises dans le centre-ville, mais pourquoi pas aussi du tourisme, par la mise en place d’évènements culturels inédits, gastronomiques, agricoles... et des logements pour héberger les artisans, les étudiants ou les artistes selon des cycles variables.

Enfin, le but du projet est également de rendre visible l’activité en cœur de ville afin de l’intégrer dans le paysage urbain au lieu de l’exclure en périphérie. Nous pensons que le fait de faire découvrir des métiers et des savoirs faire permet de faire émerger des vocations et des collaborations.
 

 

3. Comment la problématique et les questions posées par la mutation du site se sont-elles croisées ?

Nous l’avons vu, ville productive et ville attractive sont étroitement liées. Ainsi, dans cette recherche d’attractivité, les deux sites de projet : le Gravier et la friche Engie, présentent la qualité d’être situés en plein cœur de la vieille ville et inscrits dans les parcours piétons de découverte du patrimoine. Ils possèdent donc un réel potentiel pour l’accueil de nouveaux usages multiples et variables au gré des saisons et des années.

Notre attention s’est donc focalisée autour de la définition d’espaces supports capables d’accueillir cette diversité d’usages. Le Gravier en est un, à l’échelle de la ville toute entière ; espace public historique d’échanges et de fête en bord de Jordanne, il nous a semblé évident de lui redonner ces qualités initiales, en le libérant des voitures. Engie a également une situation privilégiée, en balcon sur la vieille vielle, et connectée en amonts aux plateaux agricoles. Ancien site productif mais clos, l’idée de lui donner une seconde vie productive diversifiée et ouverte sur la ville dans un respect de son patrimoine industriel et de sa topographie.

La thématique de la ville productive peut sembler plus développée sur la friche Engie que sur le Gravier, mais les deux sites peuvent en fait fonctionner ensemble de façon complémentaire: Engie étant les ateliers actifs au quotidien, le gravier étant la scène qui s’active selon un calendrier d’événements plus ponctuels. L’un et l’autre rentrent ainsi en résonnance.

 

 

4. Avez-vous déjà traité cette problématique précédemment ? Quels ont été les projets références pour le vôtre ?

Cette question de l’attractivité des centres des villes moyennes est une problématique d’actualité qui nous tient à cœur. Etant pour deux d’entre nous issus de villes subissant ce genre de désertification, il s’agit là d’une réelle occasion de se confronter à cette problématique, en comprendre les mécanismes et tenter d’y apporter des réponses innovantes.

A l’image du projet « des grands voisins », qui occupe de façon temporaire l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, et qui nous a servi de projet référence, nous avons compris qu’il fallait, sur ce type de problématique sociétale, re-questionner la place de l’architecture et de notre métier dans une démarche plus large.

Ainsi, sur Engie, plus qu’un projet, c’est un processus que nous proposons autour de l’occupation des lieux existants : programmation malléable, concertation et préfiguration des usages futurs, mise en relation et engagement des forces en présence (entreprises, entrepreneurs (artisans, restaurateurs, commerçants, agriculteurs…), citoyens, écoles et universités, etc…), élaboration d’un modèle économique innovant et adapté.

Pour l’aspect typologique, dans ce contexte, c’est la structure de la ville médiévale qui nous a fortement inspirée. L’une des problématiques centrales au moyen âge était la concentration et le rassemblement des activités. Forte densité, superposition des espaces de travail et de l’habitat étaient la règle, créant entre les citoyens une forme de solidarité. Nous croyons que cette typologie peut redevenir un modèle.Enfin, concernant le parking silo du Gravier et le traitement de son espace public retrouvé, nous avons déjà travaillé sur ce type d’équipement et d’aménagement au cours de nos expériences professionnelles. 

 

 

5. Les projets urbano-architecturaux de type Europan ne peuvent se réaliser que dans une relation aux acteurs à travers un processus négocié et dans le temps. De quelle manière avez-vous intégré cette question dans votre projet ?

Nous avons cherché à intégrer cette problématique dès nos premiers échanges sur le projet afin de répondre avec pragmatisme économique et opérationnel à la demande. Bien évidemment, notre projet nécessite d’être débattu, adapté, partagé et il est trop tôt pour le considérer comme finalisé, mais dans l’hypothèse où nous aurions à le réaliser, nous pouvons le distinguer en deux parties.

- La première partie concerne le parking silo du gravier et son espace public, il s’agit là d’une intervention assez classique aux limites clairement identifiables qui pourra être lancée au moment où la réalité économique et la volonté politique le permettra. L’usage du stationnement étant réorganisée mais demeurant avant et après le projet, la grande majorité des places de parking pourront être maintenues tout au long du chantier, suivant un phasage adapté.

- La deuxième partie concerne la friche Engie où nous proposons de mettre en place un processus d’appropriation fondé sur une « maîtrise d’usage », qui se fera en deux volets. Dans un premier temps, l’activation immédiate du site par son ouverture au public et par l’occupation des halles existantes avec le forum, l’AOP Cantal et une recyclerie. Cette première étape, facile, rapide et peu couteuse à mettre en place, permettra aux Aurillacois de s’approprier ce nouvel espace et de le tester à l’épreuve des usages. Dans un second temps, l'enjeu sera d’écrire ensemble et sur place un programme adapté pour le projet à venir, basé sur l'échange entre professionnels, écoles et acteurs locaux, pour imaginer une ville partagée, orientée sur la production locale et les circuits courts.

Ainsi notre projet intègre cette dimension de temporalité et de négociation. Il propose de faire évoluer la ville d’Aurillac progressivement en lui laissant la plus grande adaptabilité possible, et en faisant attention à garantir des usages dès le début du processus.

Enfin, nous avons souhaité concevoir des constructions réversibles, afin que le projet puisse également se transformer dans le futur. Ainsi, pariant sur la réduction du stationnement automobile, le parking silo anticipe sa réversibilité par son mode constructif, et pourra se transformer en ilot urbain habité. Sur Engie, nous avons imaginé des socles actifs qui pourront se densifier par le dessus, afin d’accueillir des bureaux et/ou des logements.

6. Est-ce la première fois que vous êtes primé(s) à Europan? De quelle manière cela peut-il vous aider dans votre parcours professionnel ?

Oui c’est la première fois que nous sommes primés à Europan. Depuis 2016, nous sommes deux membres de l’équipe (Maxime Lefranc et Vivien Gimenez) à avoir lancé nos propres agences d’architecture : ACLAA et Vivien Gimenez Architecture. Nous intervenons sur différents types et échelles de projet, entre stratégie de territoire, aménagement urbain et projet architectural. Bertrand Robuchon, quant à lui, continue à travailler au sein d’une agence, tout en menant en parallèle une activité personnelle d’auto-entreprenariat, lui permettant diverses collaborations professionnelles, comme celle-ci. Le concours Europan et ce projet constitue une opportunité formidable de développer ensemble nos activités professionnelles et continuer à partager nos idées. Nous sommes très enthousiastes et motivés pour la suite. Par ailleurs, nous espérons qu’Europan nous permettra de continuer et approfondir la réflexion avec les acteurs et habitants d’Aurillac et les autres équipes primées.