PROJETS-PROCESSUS

Manifeste

Bernd Vlay (AT)

avec la participation des membres du Comité Scientifique d'Europan

architecte, urbaniste, enseignant et membre du Comité Scientifique d'Europan
StudioVlayStreeruwitz, Vienna (AT) - www.vlst.at

Cet article introduit le Manifeste-Guide des Projets-Processus dont l’enjeu est d’exprimer et célébrer ce principe de réciprocité irréductible dans les projets Europan, entre l’idée et sa mise en œuvre.
Le Manifeste-Guide des Projets-Processus d'Europan a été publié à l'occasion du forum des villes & des jurys E15 qui s'est tenu à Innsbruck (AT) en oct. 2019

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Manifeste-Guide des projets-processus

 Un guide est en général une suite d’instructions. Il est conçu pour indiquer à des personnes comment effectuer des opérations nécessaires à l’accomplissement d’une tâche.
Plus il facilite la réalisation de la tâche par ces personnes, plus il est réussi : les meilleures instructions sont celles que l’on suit aisément. La réussite d’un guide, c’est donc de rendre les opérations sur lesquelles il instruit les plus aisées possible.
Mais le Guide Europan d’accompagnement des idées jusqu’à leur réalisation est d’une autre nature. Il ne s’appuie ni sur l’application de méthodes éprouvées ni sur la reprise de « bonnes pratiques » relevées ailleurs. Sa vocation est un peu l’inverse de celle du guide habituel décrite ci-dessus. Il vise à promouvoir l’attention et l’adaptation, et non la facilité d’exécution la plus poussée. Plutôt qu’une série d’instructions à suivre, il s’agit d’un outil axé sur des actions potentielles à réaliser, dont ses lecteurs, pour en tirer parti, doivent adopter un état d’esprit bien particulier : pour bien utiliser ce guide particulier, pour qu’il soit réussi dans son projet, son contenu doit être pris comme support d’improvisation, d’application créative des principes qu’il suggère en fonction de la situation : sa matière doit être actualisée par son destinataire pour fonctionner.

Ce guide ne présente pas de modèle standard ou de procédure toute faite. Il se pose en outil “open source”, enrichi par l’expérience et les compétences de ses utilisateurs, et s’adaptant par leur entremise active aux différents contextes sociaux, économiques et institutionnels. En quelque sorte, c’est un stimulateur de type “What if?”, proposant des protocoles d’action différenciés selon la problématique mise en avant par les villes qui prennent la courageuse et constructive initiative de revivification de leur tissu urbain.

Dans la vision d’Europan, la mise en œuvre effective d’un concept porté est un atout « pédagogique » crucial, renforçant le fondement d’un projet primé. Ce guide doit donc aussi contribuer à l’acculturation entre proposants et donneurs d’ordre, et à la potentialisation de tous les acteurs concernés, pour augmenter leur capacité à être, ensemble, agents d’une transformation d’intérêt général.
Réussir « l’exécution » de ce guide exige d’une part un scénario de programme ambitieux (A), et d’autre part des acteurs compétents et enthousiastes, prêts à l’engagement (B).

(A) UN PROGRAMME AMBITIEUX POUR AUJOURD’HUI ET POUR DEMAIN...

Une série de contraintes contemporaines présente un défi aux visions et programmes classiques liés à l’architecture, l’aménagement urbain et le développement paysager, toutes disciplines de conception matérielle, dans un environnement naturel ou existant, et pour cet environnement. Pensons à la concurrence croissante d’accès aux ressources et aux controverses dont ces dernières sont l’objet, à la croissance perturbatrice des catastrophes écologiques, à la polarisation grandissante des enjeux économiques, au gonflement continu des déséquilibres sociaux, de l’exclusion, de la marginalisation, au sentiment d’abandon qui saisit les populations extra-urbaines, ou encore à l’accès inégal de pans de population au logement, au travail, à l’éducation et aux services publics. L’omniprésence diffuse de l’activité humaine, depuis la révolution industrielle, a accéléré les mutations territoriales, sociales et climatiques, aboutissant à une empreinte globale massive de l’humanité sur la planète et à une érosion régulière de ses ressources. Ce processus a réduit la capacité des zones urbaines à rester en lien écologique et productif avec la ruralité ; il a asséché les capacités productives et créatives locales ; et il a négligé l’importance vivifiante de ces capacités locales pour générer et perpétuer des « circuits courts » entre production et utilisation.

Tous ces exemples sont les signes cohérents d’une crise mondiale de nos fondements, opérant à plusieurs échelles. Dans le cadre de cette crise, des forces, partout dans le monde, affectent les conditions de vie locales et des grandes régions du monde dans leur spécificité, et vice versa, les exigences locales ou régionales affectant lesdites forces, composant une dynamique multi-couche d’influences multi-dimensionnelles. Chaque site local, aussi petit soit-il, s’en est trouvé « hybridé », ce qui a produit une très grande quantité de « récits » explicatifs complexes, parfois en contradiction interne. Afin de contribuer à projeter un avenir dépassant la crise prolongée actuelle, ces récits, ainsi que leur articulation, doivent être attentivement relevés, puis traités avec tact et sagacité. Leur « multi-dimensionalité » déstructure les schémas familiers d’organisation de l’espace, et peuvent se dire au travers de dualités bien connues telles que ville/campagne, endroit donné/territoire, urbanité/ruralité, global/local, public/privé, visible/invisible, etc., qui relèvent d’une épaisseur dimensionnelle englobant collectivement du social, du culturel, de l’écologique, du physique et du (géo)politique.

Exprimer et célébrer, dans ce contexte, que la fin ainsi manifestée de quantité de choses qui nous étaient familières est une opportunité refondatrice, dans le cadre d’un projet collectif, est donc le principe de base qui doit animer tous les acteurs qui croient au pouvoir transformateur dans ce sens de l’architecture, de l’aménagement urbain et de la conception paysagère. Quand on se donne un tel objectif de transformation, les approches nouvelles et expérimentales sont un passage obligé. Néanmoins, elles ne sont susceptibles de répondre de façon efficace à une telle crise que si elles convoquent, dans leur logique même, un champ très large de disciplines distinctes, promeuvent une pluridisciplinarité sollicitant les sciences et les « humanités », et même le droit sous toutes ses formes, de façon à faire naître une conscience partagée des impératifs du projet collectif auquel on participe, en élargissant sa vision, chacun, au-delà de sa seule discipline spécialisée. C’est cette notion riche de projet collectif, ou partagé, qui anime Europan.

L’architecture, l’aménagement urbain et le développement paysager opèrent leur effet bénéfique maximal en coproduisant un ensemble complet et cohérent de transformations de notre habitat (au sens naturel et générique de territoire vital occupé par l’espèce ou le collectif considéré) : les autorités territoriales et d’infrastructures, le personnel politique, les promoteurs immobiliers, ainsi que toutes sortes d’autres métiers et populations concernées deviennent co-ouvriers d’un projet collectif, dans la mesure où ils sont conscients, ensemble, qu’il faut penser « hors des sentiers battus » pour réussir.

Un programme d’une telle ambition exige un engagement à même hauteur pour tous les acteurs, reflet des responsabilités sociétales que nous portons tous en partage égal, pour prendre soin de « la Cité ». Cet engagement partagé est le socle fondamental et indispensable pour viser l’accès équitable de tous à tous les biens et à tous les services d’intérêt général, qu’il s’agisse d’un logement correct et surtout abordable financièrement, de l’infrastructure des transports publics, de l’accès aux services de santé, d’éducation, de culture, ou d’aide à l’emploi. L’impératif de coproduction complète est bien l’une des clefs de l’édification de la ville inclusive et écologique de demain, car – dernier avantage –, cette implication cohérente de tous sur un concept global partagé potentialise la capacité d’ouverture des espaces publics – ainsi eux-mêmes renforcés et clarifiés dans leur cohérence –, sur l’altérité ; tandis que la part de co-construction concrète aboutira à améliorer considérablement le « métabolisme » de la ville.
 
Voir le process de Garten>HOF : ici

(B) DES ACTEURS ENGAGÉS SPÉCIALISTES DE NOMBREUSES DISCIPLINES

Quant à l’ambition nécessaire pour être à la hauteur de l’agenda, tous les acteurs impliqués partagent une passion constructive : accepter de remettre en question la façon dont ils ont opéré au quotidien jusqu’ici. Ils sont prêts à s’impliquer activement dans un projet collectif s’attachant à répondre à la plus pressante question du temps : Comment participer à traiter les symptômes des crises actuelles multiples, afin d’ouvrir sur un futur qui vaille d’être vécu ?

Le projet ambitieux d’Europan vise à apporter les bonnes réponses contextualisées à cette plus pressante des questions, au travers d’un agenda collectif pluridisciplinaire associant architecture, aménagement urbain, et développement paysager. Ces réponses naîtront d’un mode d’action et même, plus précisément, d’une figure d’action (manifestation visible du mode) exigeant une refondation collective de la pensée et de l’action que doivent produire tout un éventail divers d’acteurs engagés, qui sont les destinataires premiers du présent guide.
Par conséquent, ce guide vise à...
...encourager les jeunes professionnels de l’architecture, de l’aménagement urbain et de l’aménagement paysager
afin qu’ils comprennent que leurs contributions sont des transformations concrètes de site dans le cadre de l’agenda mentionné, mais qu’ils ne peuvent y participer de façon significative que s’ils contribuent aussi à la phase de conceptualisation d’un processus qui produira le déroulé du projet, en tenant compte des spécificités de son site, et qui succèdera à la phase de concours, pour installer un processus durable, à même d’assurer la santé durable de la ville inclusive.
Les porteurs des idées primées auront besoin d’intensifier leur engagement vis-à-vis du site.
...former au projet les responsables et aménageurs du site, en charge de la phase d’après concours
sur les compétences et modes permettant de concevoir utilement la transition entre phase de concours et phase de réalisation. Ils devront comprendre que les contours de la faisabilité du projet s’établiront progressivement, étape par étape, et que cette dynamique doit s’accompagner d’une vision stratégique et tactique allant au-delà de ce à quoi on est habitué en matière de mise en œuvre de schéma directeur architectural, de sorte que le site concerné joue un rôle public d’entraînement, pour le reste de la ville.
Les idées primées ne sont pas celles d’hier, auxquelles on est habitué, elles doivent changer la donne et leur mode de concrétisation doit être imaginé au fil des étapes à atteindre successivement.
...mobiliser et nourrir les entités nationales et européenne d’Europan
pour une extension de leur domaine de compétence : être acteur de l’agenda d’Europan nécessite, au-delà de l’organisation du concours, de doter d’une plateforme la figure d’action d’Europan. De même que ces entités président à la phase de concours, elles doivent se saisir du rôle d’intermédiaires efficaces pour les idées primées, lors de la phase de transition, et le mener jusqu’au début du processus de mise en œuvre, en en étant, en quelque sorte, les parrains, veillant à la bonne marche du projet et soutiennent les concepteurs au cours des différentes phases et au sein des commissions chargées d’assurer et de perpétuer la qualité des projets.
Les idées primées ont besoin de mentors pour avoir des discussions productrices de transformation.
...enfin, servir de feuille de route richement informative pour tous les acteurs impliqués
c’est-à-dire les doter de la capacité à se figurer en quoi l’afflux d’idées nouvelles – pouvant venir de très loin – peut déboucher sur un processus localisé et collaboratif de réalisation, impliquant tous les acteurs concernés en synergie, et non en confrontation.
Les idées primées ont besoin de la collaboration active de tous.
Voir le processus de Catalogue for Dwelling on the Time : ici

 
UN PROJET COLLECTIF DE NATURE URBANO-ARCHITECTURALE

Quel serait l’intitulé conceptuel valant programme, et circonscrivant le mieux les pratiques concrètes, les intentions et les acteurs sus mentionnés ? Sans grand doute, l’intitulé « Projet urbano-architectural » est le plus précisément descriptif de ce que nous avons posé en introduction. Cet esprit cohérent ainsi résumé permet d’inscrire au cœur du projet architectural non seulement la complexité de déclinaison et de conjugaison des échelles, des thèmes, des relations, de l’impératif de durabilité et d’itérabilité, mais aussi les préoccupations et les compétences propres à une approche multi-dimensionnelle, qui ouvre le champ de l’architecture à la condition actuelle de crise(s), sous-tendue par une multiplicité de problématiques pluridisciplinaires. Ainsi, l’architecture se fait partie intrinsèque du projet d’urbanisation, en se saisissant, elle aussi, des problématiques de conception d’espace public, de paysage, de territoires et des infrastructures. Ce faisant, au niveau du verbe, de ce qui peut être dit et explicité pour contribuer à la promotion de l’esprit qui porte Europan et tous ses acteurs, l’architecture reprend pour son bénéfice l’idée d’un déploiement dans le temps (processus) et les éléments des discours politique, social, culturel et environnemental qu’elle se doit désormais d’intégrer.

Même si chaque tâche concourant au projet urbano-architectural est sous-tendue par la prise en compte diffuse de la même multiplicité de problématiques, le cadre contextuel et l’échelle de chacune varient. Elles composent globalement une diversité de réponses possibles, dont les « sphères d’intervention » diffèrent, caractérisées par des programmes d’opérations et des configurations coopératives d’acteurs propres, et pouvant relever de trois niveaux d’échelle possibles :

Échelle « S » : Mission focalisée sur l’Impact
Les projets Europan relevant du plus petit niveau d’échelle ont toujours la mission complémentaire de fond de révéler leurs effets synergétiques plus marqués à l’échelle urbaine. Pour résumer : la conception peut se concentrer sur toute problématique, méthodologie ou stratégie, à condition qu’elle veille à faire participer le projet d’échelle S, comme rouage huilé cohérent, à l’oeuvre globale d’articulation.

Échelles « M » et « L » : Mission focalisée sur l’Articulation
Les projets Europan portant sur des sites de moyenne et de grande échelle territoriale et urbaine ont toujours pour mission principale de répondre aux besoins propres du site, en cohérence avec sa logique et sa dimension narrative propres, en produisant un concept capable d’articuler les visions globales pour le site et pour son environnement, ce qui équivaut à une double valeur ajoutée, au profit du site et au profit de son tissu urbain.

Échelle « XL » : Mission focalisée sur le Translocall
Les projets Europan concernant les sites à appréhender au plus haut niveau d’échelle ont pour mission de prendre en considération les éléments de co-évolution, de corrélation, des enjeux culturels, écologiques, infrastructurels et géopolitiques sur un territoire de grande extension, et de traduire le résultat de leurs réflexions en un agenda, un programme d’actions visant à d’abord à ce que la finalité du projet soit concrétisée, tout en veillant à tirer parti de toute synergie écologique potentielle, aussi bien locale que concernant l’intégralité du territoire considéré (ex. : série d’interventions ponctuelles diverses ayant un sens opérationnel diffus cohérent dans tous les contextes singuliers concernés).

Voir le processus de Concomitance : ici

 
LE POTENTIEL CONCEPTUEL DU PARADOXE DE LA PRODUCTIVITÉ

Le projet urbano-architectural ainsi potentialisé (“empowered”) se fait ainsi outil intégral aux mains de ses acteurs, potentialisés à leur tour à la mesure de leur volonté affirmée de participer à un tel projet collectif. De ce fait, Europan, en toute conscience de la chose, pose ce qui ressemble à un paradoxe : la conjugaison d’un « concours d’idées » avec un « processus de mise en œuvre » – tous deux jusque-là assortis d’un principe de « concurrence » propre –, dans une vision nouvelle puissamment coopérative. Dans l’histoire de l’architecture et des appels d’offres correspondants, ces deux sphères ont jusqu’ici fait l’objet d’une séparation stricte pour éviter toute contamination mutuelle de leur principe distinct : le « pur » concours d’idées, non « contaminé » par des notions de mise en œuvre, renforce la représentation « mythique » de l’idée comme phénomène créateur à libérer, pour qu’il exerce son plein potentiel, des soucis concrets de mise en œuvre. Et le « pur » aspect concurrentiel de la mise en œuvre, en revanche, renforce le mythe présentant cette phase comme recouvrant un ensemble fini de compétences spécifiques et routinières, le succès de la phase tenant principalement à l’expérience experte des acteurs sélectionnés, chacun dans leur domaine privilégié, et de l’adéquation des instruments choisis.

Europan inscrit son action dans une logique nouvelle, en promouvant au contraire la contamination mutuelle d’une sphère d’action par l’autre, avec pour finalité d’augmenter l’adéquation et l’efficacité des compétences, tant au niveau global du projet qu’à celui de chacun de ses acteurs. Ce lien organique entre sphère conceptuelle des idées et sphère concrète de la mise en œuvre transforme radicalement l’aspect conceptuel même de l’idée : elle se potentialise en devenant la force motrice d’un processus cohérent qui se prolonge en phase de « confrontation au réel », tout en conservant sa nature originelle d’aiguillon sémantique-conceptuel de départ.

Cette vision de rupture axée sur la contamination mutuelle de l’idée et de la réalisation fait que les projets Europan sont voués à se déployer selon des logiques tout à fait inhabituelles et anticonformistes. Un élément crucial de “feedback” est donc de veiller à mesurer les impacts des transformations produites dans ce mode nouveau au cours de la phase de mise en œuvre. Faire ces relevés d’impacts est d’une importance majeure, car ils nous permettent de mieux comprendre et de révéler l’influence de l’idée intrinsèque structurante, à partir des performances concrètes du processus de développement.

Le concept original de mise en œuvre ramène la « fabrication de la réalité » dans le champ puissant et créateur des idées : une idée ne vaut que si elle est en procès de réalisation, de concrétisation, organiquement liée à sa mise en œuvre. De ce fait, les acteurs d’Europan doivent se saisir d’une figure d’action novatrice, qui peut se formuler ainsi : « La mise en œuvre commence lors de la préparation au concours d’idées ».
La réciprocité irréductible entre idée et mise en œuvre est ce qui fait du projet urbano-architectural un projet intrinsèquement collectif, dans une configuration seule à même de concrétiser l’ambition d’Europan. Cette obligation, présentée à chaque sphère, de se soucier de la part de travail de l’autre introduit une dose bien calibrée d’étrangeté pour les uns et pour les autres, stimulatrice de nouvelles pratiques, de rapprochements inattendus entre différents acteurs du projet, et d’une relation intime entre projet et processus correspondant. En outre, cette obligation de réciprocité en vient à éclairer bien mieux, par tous et pour tous, l’idée globale présidant à la mise en œuvre, investissant ainsi le réel bien au-delà du visible pour tout un chacun, en profondeur, c’est-à-dire en traversant toutes les couches correspondant aux différentes problématiques prises en compte.
Si l’idée et sa mise en œuvre sont inséparables, le procès de transition entre l’une et l’autre doit être reconsidéré. La figure stéréotypée d’une déliaison confinant au « gouffre » entre la fin de la phase de concours et le début de la phase de mise en œuvre ne convient plus : cette disjonction classique entre concours et réalisation est en contradiction avec le principe d’une figuration unique (manifestation concrète de l’idée visible de tous), du concours à la fin de réalisation du projet, donnant à comprendre, pour les acteurs, et à voir, pour tous, le déroulement cohérent conceptuellement, et indiquant ainsi, dans le temps de ce déroulement, l’avancement progressif de toute l’entreprise. L’enchaînement réussi de toutes les étapes est conditionné par une chaîne de synergies agissantes, de la préparation du concours, et même parfois en amont, au moment de l’approche par Europan de tous ses partenaires en vue de la session Europan à venir. Tout type d’obstacle ou d’empêchement est susceptible de se présenter lors de toute étape de cet « avancement progressif ».

Cependant, la conscience, chez tous les acteurs, de ce lien principiel inséparable entre concours et mise en œuvre façonne le processus de mise en œuvre pour lui donner un aspect itératif, « d’asservissement » de la réalisation à l’objectif, qui immunise Europan contre tout effet néfaste, incapacitant, du « gouffre » classiquement considéré entre concours et réalisation. Ce gouffre est un mythe fondé sur la croyance impressionniste qu’Europan, c’est d’abord des concours d’idées. RAPPEL : Europan est une plateforme de processus collaboratifs, œuvrant à des processus de réalisation de projets considérés, de la proposition initiale des créatifs pour le site à des étapes de réalisation multidimensionnelles. Pour satisfaire l’agenda d’Europan, les étapes de conception et de réalisation du projet doivent être intimement mises en cohérence, pour fournir un triangle synergétique entre le contexte, les idées et le processus : en d’autres termes, il s’agit de poser un « programme directeur » évolutif, dynamique, tactiquement adapté tout en restant souple dans son application, qui sera le liant de l’idée et de sa mise en œuvre, produisant ainsi un seul agenda opérationnel et synergique cohérent, demandant à tous les acteurs de s’approprier cette nouvelle vision de la « fabrication » d’un projet portée par Europan, dont l’ambition va bien au-delà des schémas de réalisation connus fondés sur un « plan directeur » classique.

Ce guide invite ses lecteurs à se former à l’art du dépassement des limites connues – quelles qu’elles soient, et à tout moment. En d’autres termes :
Réussir à se saisir de la matière proposée par le présent guide, satisfaire à l’injonction présentée en introduction, celle de se mettre en capacité d’actualiser les principes qu’il explique, pour exprimer et célébrer, par tous les moyens disponibles, ce principe de réciprocité irréductible entre l’idée et sa mise en œuvre.