Thème

RE-SOURCER /2 - VIVRE ENSEMBLE

Comme dans les sessions précédentes où les thèmes ont été explorés en deux sessions (Villes adaptables, Villes productives ou Villes vivantes), le thème de la session Europan 19 poursuit l’approfondissement de celui d’Europan 18 autour de Re-sourcer. Mais il sera orienté vers l’idée de Vivre ensemble entendu non seulement comme co-habiter entre humains, mais aussi comme repenser la place de l’humain dans son milieu vivant. Il s’agit de réinterroger la frontière entre nature et culture, et d’inviter à travers une approche du Care à une éthique de la co-habitation écologique : imaginer une ville plus sensible, respectueuse et inclusive envers toutes les formes de vie. C’est ce défi qui est proposé aux concurrents de cette session.

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TROIS THÈMES STRATÉGIQUES

1- RE-NATURER

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Image projet E18 - La Nive (FR) - Lauréat - Ressources de la Nive

Re-naturer à l’échelle urbaine consiste à réconcilier la ville avec la nature, en faisant évoluer les espaces construits pour qu’ils deviennent vivants, poreux et perméables, en restaurant des équilibres écologiques dans certains espaces artificialisés, souvent bétonnés, imperméabilisés ou pollués. Il s’agit de créer par exemple, à l’échelle du territoire : des espaces verts continus : parcs, corridors écologiques entre quartiers ; à l’échelle urbaine : de favoriser des solutions fondées sur la nature —toitures végétalisées, façades vertes, noues, zones humides urbaines—, de limiter le béton où il n’est pas indispensable et de laisser une part de sol perméable, d’intégrer des usages humains doux —chemins piétons, bancs, zones de détente, adapter l’éclairage et le bruit pour préserver la faune urbaine, définir l’équilibre entre usages et protection, etc. Souvent, Re-naturer constitue la démarche initiale d’une re-alliance naturo-culturelle au niveau d’un site, qui permet aux autres formes de ressourcement d’advenir.

2- CO-HABITER

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Image projet E18 - Amersfoort Amicitia (NL) - Mentionné - old walls, new ties

Co-habiter désigne la manière dont différentes populations ou usages partagent un même territoire et espace, que ce soit à l’échelle d’un quartier ou d’un bâtiment. Dans un habitat urbain, on peut faire co-habiter humains et non humains en renforçant la biodiversité (plantes locales, oiseaux, insectes…), et la mixité sociale et culturelle avec plusieurs types d’occupants, d’usages et d’ambiances : humains aux modes de vie différents (familles, personnes seules, générations variées), usages privés et usages collectifs (logements, espaces partagés, jardins communs), mobilités douces et vie résidentielle (circulation piétonne, vélos, transports), espaces bâtis et espaces perméables (cours végétalisées, potagers, toitures vertes), activités sociales et tranquillité (aires de jeux, zones calmes, espaces de rencontre)…

3- RÉ-UTILISER

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Image projet E18 - Fumel (FR) - Lauréat - From Rust to Roots

Ré-utiliser à l’échelle urbaine consiste à faire évoluer la ville plutôt sur elle-même en recyclant les ressources bâties et spatiales existantes ; cela désigne l’ensemble des pratiques visant à redonner des usages nouveaux à des bâtiments, infrastructures ou espaces existants : intégrer ces éléments déjà-là dans un nouveau projet plutôt que de les démolir ou de les remplacer. Cela s’inscrit dans une logique d’économie circulaire et de développement durable, qui cherche à économiser les ressources, l’énergie et le foncier en limitant l’artificialisation des sols. A l’échelle architecturale, cela peut concerner la réutilisation d’un bâtiment entier ou partiel, la réutilisation de structures et de matériaux sur place (pierre, bois, briques, charpentes, portes, planchers), etc.

TROIS TRANSVERSALITÉS / PROCESSUS DE CONCEPTION

au croisement des 3 thèmes

4- ÉCO-ÉCONOMIE

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Image projet E18 - Polignano a Mare (IT) - Lauréat - The Rewilding Grounds

L’écologie décrit les principes interactifs de notre environnement, ses logiques relationnelles. L’économie s’intéresse à sa gestion : comment nos lois, normes, structures et coutumes prennent-elles soin de notre environnement ? Quelles formes de capital fournissent-elles pour permettre et maintenir des milieux socialement et environnementalement durables ? La prise en compte des prémisses économiques est donc une ressource essentielle pour toutes les opérations de re-sourcement, qu’elles concernent les éléments naturels, les dynamiques sociales ou la matérialité.
Écologie et économie s’allient dans l’urbanisme et la conception d’espaces lorsqu’une même conception produit, grâce à des dynamiques écologiques, des efficacités économiques directes ou indirectes. L’alliance devient d’autant plus fertile quand les solutions écologiques génèrent des économies durables sans sacrifier la qualité de vie. L’éco-économie désigne une façon de penser l’économie qui intègre pleinement les potentiels écologiques et fait de la préservation du vivant un moteur de développement.
Il peut s’agir de :
- maîtriser les coûts d’un projet grâce à la nature : végétalisation, sols perméables et gestion naturelle de l’eau limitent les réseaux techniques coûteux et les risques d’inondation ;
- valoriser les espaces : quartiers verts, parcs et renaturation augmentent l’attractivité résidentielle et commerciale ;
- prolonger la durée de vie du bâti : rénovation, réutilisation et sobriété constructive limitent les dépenses d’entretien et de matériaux ainsi que les émissions de carbone ;
- améliorer la santé publique : qualité de l’air, ombre et fraîcheur diminuent les coûts liés à la chaleur et favorisent l’activité économique locale ;
- rendre les territoires plus résilients : moins de dégâts en cas d’aléas climatiques, donc moins de dépenses publiques.

5- SOUTENIR

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Image projet E18 - Jullouville (FR) - Mentionné - Le climatorium des possibles

Les espaces soutenant résultent du fait de s’appuyer sur l’existant tout en y ajoutant des éléments de projets flexibles et modifiables, créant ainsi des espaces de vie durables, ouverts et évolutifs. Cela désigne des espaces conçus pour soutenir durablement la vie —humaine, non humaine, écologique, sociale et matérielle— en combinant héritage, mémoire, bien-être, résilience et faible impact environnemental. Les lieux soutenants favorisent la régénération écologique (sols vivants, végétation, gestion de l’eau), et la reprise des espaces existants en améliorant leur qualité de vie (lumière, confort, santé), adaptant leurs usages aux évolutions sociales. Des nouveaux dispositifs permettant aux espaces de perdurer tout en s’adaptant (matériaux durables, modularité), où ressources, énergie et usages sont pensés de manière circulaire. Le projet permet de redonner ainsi un sens à l’espace en relation à la mémoire des lieux, mais aussi en fonction de leur devenir en leur conférant une dimension sensible et compréhensible.

6- HYBRIDER

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Image projet E18 - Luzern (CH) - Lauréat - Zäme

Le design par l’hybridité est une forme de re-sourcement d'espaces par la création de nouvelles interactivités naturo-culturelles qui nécessitent, dans une visée régénératrice, des hybridations symbiotiques et synergiques matérielles et immatérielles. L'hybridité apparaît dans la conception architecturale urbaine et territoriale comme la capacité de mélanger et de combiner, dans un même projet, différentes ressources, qu'elles soient culturelles, naturelles, matérielles, etc. L’hybridité est également une stratégie pour gérer le potentiel des « communs », entendus comme les espaces ou programmes qu’une communauté (humains et non-humains) peut partager pour une meilleure façon de vivre ensemble. Elle inclut les flux métaboliques comme ressources cruciales —nourriture, énergie ou eau—, mais aussi celles qualifiées de « biens communs négatifs », comme les déchets, la pollution ou l’empreinte carbone. L’hybridité va plus loin qu’une simple juxtaposition : elle produit quelque chose de nouveau à partir d’éléments différents. Hybrider n’est pas « mettre côte à côte », mais « faire travailler ensemble ». Des exemples de conception par hybridité à l’échelle urbaine sont : le renforcement de quartiers en articulant habitat, travail, loisir et nature ; la recomposition d’espaces publics multifonctionnels (places qui sont aussi jardins, bassins de rétention, équipements sportifs) ; la restructuration d’infrastructures combinant mobilité, biodiversité et usages sociaux ; la transformation de friches en lieux où cohabitent culture, écologie, économie locale et vie résidentielle ; etc.

Nota Bene:
Si on veut croiser dans le projet les 3 types de ressourcement (naturel, social et matériel) en utilisant les trois types de processus de conception proposés (penser une éco-économie du projet, créer des espaces soutenants, hybrider les ressources) la question posée est de savoir si les logiciels d’Intelligence Artificielle mis à la disposition des concepteurs aujourd’hui peuvent jouer un rôle pour gérer cette complexité dans l’approche du projet? Si ces logiciels peuvent être utiles pour optimiser les performances (l’ensoleillement, la ventilation, la consommation énergétique), pour simuler les usages humains dans l’espace urbain ou les déplacements des habitants, pour anticiper les flux (piétons, voitures) ; pour générer des plans ou vérifier des normes (sécurité, accessibilité), on peut se poser la question des limites de cette approche. Car elle ne semble pas en mesure de pouvoir donner du sens au projet, d’intégrer la culture en sachant l’hybrider avec la nature, et de créer des lieux vivants ! Et à travers ce concours, il peut être intéressant de demander aux concurrents quel est leur intérêt pour ces outils et quel rôle ils veulent leur faire jouer dans la conception de projets régénératifs ?

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*Europan est un réseau européen de concours d’idées d'architecture, d'urbanisme et de paysage pour jeunes concepteurs qui prennent soin de milieux habités, et suivis de processus de réalisation